Comment optimiser le son pour la reproduction sur vinyle?

Cela n’est aussi difficile qu’il y parait, pour peu que l’on prenne en considération la dimension physique du disque vinyle. Toutes les informations sonores sont contenues dans un sillon par face, et ce sont les variations de profondeur et les mouvements latéraux de ce dernier qui reproduisent l’ensemble du spectre audible, de 20hz à 20kHz. Vous trouverez ici quelques éléments fondamentaux pour optimiser vos mix pour le disque vinyle.
Pour mieux comprendre les particularités et les éléments auxquels il va falloir faire attention, il faut d’abord se pencher un peu sur le sillon en lui-même.

La musique en sillon, comment çà marche?

Diaboliquement simple & intelligent, on doit au Français Charles Cros et à l’Américain Thomas Edison, l’idée de creuser un sillon en fonction de la vibration de l’air provoquée par le son. Une simple pointe fixée sur une membrane au bout d’un cône, une matière facilement gravable, et le tour est joué!
Schématiquement, le sillon représente le mouvement que doivent faire les membranes des haut-parleurs pour restituer la musique. Il ne reste plus qu’une chaine de lecture  et d’amplification (diamant de lecture, préampli phono et ampli) pour que la puissance du vinyle fasse vibrer vos HP et vous dresse le poil des bras et les plumes de la tête.
Depuis le phonographe (“machine qui peut écrire la voix”) de nombreuses améliorations sont venues modifier la technique, et aujourd’hui le sillon fait environ 50 à 80 microns de profondeur (c’est à peu près la taille de l’épaisseur d’un cheveu). Toute l’information sonore y est contenue, et ce sont ses toutes petites excursions latérales et en profondeur qui permettent de “coder” toutes les fréquences.
En forme de V à 45°, les mouvements latéraux représentent la somme des canaux droit et gauche (M) alors que les mouvements verticaux sont liés à l’information différence (S). Autrement dit, un signal mono entraine le sillon de manière latérale, parallèlement à la surface du disque, tandis que des signaux de phase opposées entrainent un sillon modulé de haut en bas, perpendiculairement à la surface du disque.
Le volume sonore est quant à lui représenté par l’amplitude des excursions: plus elles seront amplees, plus le volume sera important. On comprend tout de suite qu’un  même morceau nécessitera plus de place sur le disque si il est gravé plus fort.
Ensuite, chaque fréquence est représentée par sa “vague”, plus amples pour les basses, et de très courte longueur d’onde pour les aigus.
Ces propriétés physiques ont des conséquences qui obligent quelques adaptations de vos fichiers son!

Optimiser son vinyle
Les basses et le disque vinyle

La question des basses

Si les premiers enregistrements sur disque ne contenaient pas beaucoup de basses, il n’est pas envisageable de les faire disparaître d’un enregistrement moderne. Ca tombe bien, le vinyle est capable de reproduire des basses profondes. 
Elles occupent toutefois beaucoup de place sur la surface du disque, puisque que l’amplitude des mouvements latéraux dépend de la fréquence des signaux, à volume constant. Les excursions nécessaires vont être beaucoup plus importantes que pour les fréquences plus élevées.
D’autre part, la stéréo dans les basses est très difficile à graver – et à lire par le diamant de lecture. Il est important de les garder au maximum en mono. En dessous de 300Hz c’est le mieux, et en dessous de 150Hz, c’est indispensable!
En dehors de cette limitation, rien de particulier pour la gestion des basses, sachez seulement qu’un (très) fort contenu en basses limitera le temps disponible, ou le volume du morceau.

Le problème de la phase

Les signaux en opposition de phase  provoquent des mouvements verticaux dans la modulation du signal stéréo. En cas d’opposition trop radicale, le sillon peut rétrécir jusqu’à disparaitre, entrainant des problèmes à la gravure, voire en la rendant impossible. Comme le phénomène est encore plus important dans le bas du spectre, veillez à bien respecter le mono en dessous de 150-300Hz. Le problème est moins important dans les mid et les aigus, mais d’une manière générale, soyez vigilants à ce niveau là.

Et les aigus?

Les medium et les aigus sont les fréquences de prédilection du vinyle, et c’es là que s’exprime sa “chaleur”. Il n’y a pas de restriction particulière dans ce domaine fréquentiel, en dehors des sibilantes (cf infra).
Lorsque le disque est gravé, de nombreuses harmoniques  se créent, et sont probablement à la source de cette impression de chaleur. Si vous avez enregistré & mixé in the box, un gain d’organicité s’opèrera ici, mais attention, cela ne transformera pas radicalement la couleur de vos morceaux!

Soyez vigilants aux ssssibilantes...

Pour pallier aux problèmes de gravure des basses, et de la place qu’elles occupent sur le disque (et pour corriger d’autres problèmes), la norme RIAA s’est imposée, et applique une équalisation à la gravure qui sera inversée par le circuit de préamplification phono à la lecture.
Les sibilantes peuvent être sur-représentées avec cette correction, et nécessitent d’être bien maitrisées, dès le mix. Le deesseur doit vous accompagner sur les pistes concernées: une correction au mastering est toujours possible, mais affectera fatalement plus de matériel sonore que si il est placé chirurgicalement au mix ;-).  

correction RIAA

La question du temps

Le temps et l’espace sont relatifs.
Point de théorie sur la gravité ici, mais le temps disponible sur un disque dépend de sa taille. Vous trouverez ici un tableau récapitulatif des temps disponibles pour votre projet.
Il est important de ne pas dépasser ces limites, au risque de perdre en qualité assez rapidement: il faudrait graver moins fort (et donc avec plus de bruit de fond) et avec moins de basses.

La dynamique

La dynamique est une question épineuse. La loudness war a tenté d’y répondre en l’annihilant complètement & le vinyle est l’ennemi le plus féroce de cette guerre du volume. Les radios ne jouant quasiment plus de disques vinyles, il devient assez peu intéressant de sonner plus fort que son voisin, et la dynamique peut refaire son apparition! Ce serait dommage de faire sonner un vinyle comme un fichier numérique, avouez que l’on perdrait l’essence de la chose. Un bon repère pour la respecter est la référence K12.
Peut-être est-ce en partie grâce au  retour du vinyle comme premier support physique,  mais la dynamique commence à revenir également: le niveau RMS global des nouvelles sorties est redescendu un peu depuis 2020!

Derniers détails

Vous l’aurez compris, le niveau RMS de votre disque sera essentiellement dépendant du temps total de la face et de la vitesse de rotation du disque. Si vous réussisez à respecter les quelques contraintes présentées ici, votre disque sonnera sans doute plus fort que si ce n’est pas le cas, l’ingénieur de mastering ayant toute la latitude possible pour optimiser le volume.
Etant donné que le disque tourne plus vite à sa périphérie qu’en son centre (si si, c’est vrai) le même temps de musique bénéficiera de plus de longueur de sillon. C’est ainsi que les morceaux “in your face” seront judicieusement placés  en début de face, tandis que l’on préfère réserver les fins de face aux morceaux plus calmes – de type “balade”, qui ne seront pas affectés par la réduction de longueur de sillon au centre du disque.
Si vous décidez de confier vos mix à un studio de mastering, choisissez en un préférentiellement spécialisé dans le vinyle, et équipé d’un graveur. Pour que le travail de l’ingénieur de mastering soit optimum, il est important de lui réserver un headroom  de 3 à 6 dB au moins. N’utilisez pas de limiteur ou de compresseur de bus pour descendre les crêtes à ce niveau là “artificiellement”, mais tentez de mixer avec cet objectif. Bien sûr, toute compression nécessaire sur un instrument, une voix … est à faire, mais évitez d’utiliser des réducteurs de dynamique sur le bus master.
RunRun Records est équipé d’un studio de mastering dédié au vinyle, visitez cette page pour plus d’informations, ou contactez nous directement.